Le capitaine de vaisseau Luce
de Casablanca (07/02/1762 - 01/08/1798)
ou la tragédie de l'«Orient»
Luce de Casablanca, capitaine de vaisseau,
est né à Vescovato (chef-lieu du canton de la Casinca,
près de Bastia) le 7 février 1762.
Issu d'une famille de militaires, de petite
noblesse, aux idées favorables à la France, il fit
ses premiers pas d'écolier au couvent des Capucins du village.
Puis il entra successivement au collège de Guilly en 1771,
au collège militaire royal de la Flèche (1772-1775), au
collège royal de Paris (1775) et à celui d'Effiat
(1776-1778).
A la sortie d'Effiat, Luce est orienté vers
l'école royale de la marine, à Toulon (1778-1779).
Il en sort aspirant garde de la marine, attaché à la compagnie
des gardes du pavillon amiral. A l'âge de 17 ans, il embarque
de Toulon pour effectuer plusieurs missions à bord de la frégate « La
Gracieuse » (27 avril 1779 - 21 mars 1780), la frégate « Le
Terrible » (2 juin 1780 - 2 mars 1781) et du vaisseau « Le
Zélé» pour la guerre d'indépendance de l'Amérique
(2 mars 1781 - 1 janvier 1783).
Il sert ensuite sur la corvette « La
Brune » (18 mai 1784 - 24 août 1784), la frégate « La
Réunion » (17 avril 1787 - 7 janvier 1788), le brick « L'Alerte » (18
janvier 1788 - 23 février 1788) et la frégate « Lalceste » (13
juillet 1789 - 20 octobre 1790).
Entre temps, il s'était marié à Vescovato
en 1784 avec Félice Raffali. De cette union, naissaient Faustina
(1785) et Giocante (1787).
Attiré par les idées nouvelles
de la Révolution, Luce va entreprendre une carrière politique
qui débutera à Toulon. Il s'inscrit au club des Jacobins,
créé à Toulon le 18 janvier 1790. Le 14 mars 1792,
il obtient le fameux certificat de civisme (n° 638). Il est élu
député à la Convention et siège sur les bancs
de la « Montagne ». Il est membre de la commission
de la marine. De tempérament calme, modéré dans
ses actes, il ne votera pas la mort du roi Louis XVI.
Il accède au grade de capitaine de
vaisseau le 1 janvier 1793, mais sa tiédeur politique n'est pas
de mise dans les rangs des extrémistes. Aussi sera-t-il exclu
du club des Jacobins. Cela ne l'empêchera pas d'être élu
au Conseil des cinqcents sous le Directoire, jusqu'au 20 avril 1798.
II écrira un Mémoire remarquable sur la restructuration
de la marine.
Quelque peu déçu de la vie
publique, Luce demande sa réintégration dans
son corps d'origine, la marine.
Le 19 mai 1798, il se trouve à bord
de « L'Orient », vaisseau amiral de l'escadre qui participe à l'expédition
d'Égypte. Après la mort de l'amiral Brueys (commandant
l'escadre) à son poste de commandement, Luce est amené à prendre
la direction de « LOrient ». Le superbe vaisseau amiral,
fier de ses centvingt canons étagés sur trois ponts,
pris en tenaille par cinq vaisseaux anglais, explose dans un fracas épouvantable
en rade d'Aboukir.
Luce, mortellement blessé, et son
fils Giocante, mousse âgé de 11 ans, refusant d'abandonner
le vaisseau, périssent tous deux noyés le 1 août
1798 à vingt-deux heures trente.
Six bâtiments de la marine
française
ont porté et portent encore le nom « Casabianca »,
notamment le sous-marin qui, le 27 novembre 1942, refusa le sabordage
de la flotte, s'enfuit de Toulon et gagna Alger par la suite. Il
effectua de nombreuses missions en Corse et participa grandement à la
libération de l'île en septembre-octobre 1943.
Michel MICAELLI.
La Charte Devoir de Mémoire
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